Voilà, je sais que ce pauvre chapitre 1 a été écrit et réécrit mais cette fois, j'ai le bon! j'ai repris le début que j'avais déjà écrit une fois, et j'ai totalement réécrit la fin. Cette fois vous avez vraiment la vraie façon dont s'est passée la rencontre entre Loundounia et Vaelia!
Je poste ça ici:
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CHAPITRE 1Depuis le matin, elle avait un mauvais pressentiment. Quelque chose d’étrange, d’angoissant, mais impossible à expliquer avec de simples mots... C’était semblable à un malaise, comme si ce qu’elle voyait aujourd’hui sous ses yeux n’était déjà plus que le fantôme qu’il serait le lendemain. Comme à l’aube d’une catastrophe imminente qui changerait radicalement sa vie… et la mort de bien d’autres.
Jamais elle n’aurait aimé se trouver aussi loin de la vérité, et pourtant…
Pourtant…L’auberge de la Bonne Escale n’avait jamais paru aussi vide que ce jour là. Les rares clients étaient des habitués, qui ne venaient prendre un verre que pour discuter des inquiétantes tournures que prenait le conflit dans les contrées du nord. Au dehors, le vent cinglant battait contre les vitres, et le froid de l’hiver qui arrivait ne rendait que plus agréable le confort de se trouver à l’intérieur…
Vaelia s’assit sur une marche, et regarda d’un œil sombre les trois vieux compères qui s’entretenaient peu discrètement dans un coin de la salle. Devant eux était posée une bouteille de rhum Magarin vide depuis longtemps.
« Il paraît que les Feulnes vont venir jusqu’ici, à Shagat ! » rapporta l’un d’eux. « C’est ça qu’il se passe : les non-humains commencent à revendiquer toutes les terres de la région. Moi je laisserai pas ces vermines s’installer chez moi, ah ça non ! »
« S’installer ? » reprit un autre, dont la barbe broussailleuse arrivait jusqu’au milieu de la poitrine. « Ils vont tout faire flamber, oui ! »
Son compagnon paraissait sceptique, bien que quelque peu effrayé.
« Crénon ! Ils n’oseraient pas, tout de même… »
Mais la jeune fille ne les écoutait plus. Depuis quelques mois, il n’était plus question que de ça… la guerre, toujours la guerre ! même en ces contrées reculées, personne n’était à l’abri du danger qu’elle représentait.
L’adolescente s’apprêtait à remonter l’escalier, soupirant, quand une voix l’interpella.
« Vaelia ! tu les apportes ces bières, oui ou non ? » grogna le petit homme chauve et rougeaud qui se tenait derrière le comptoir.
La jeune fille renifla avec dédain et s’approcha de lui d’un pas nonchalant. Son oncle était vraiment un homme déplaisant. Il ne manquait jamais une occasion de lui rappeler que c’était lui, Jaron Moire, qui l’avait recueillie à la mort de ses parents, et qu’elle lui devait tout, même ce métier misérable qu’elle répugnait à exercer.
Prenant soin d’éviter le regard furieux de l’aubergiste, elle prit les chopes d’un geste sec et les apporta à la table des vieux campagnards, qui ricanèrent. La nuit était déjà tombée : elle espérait de tout cœur qu’ils partent le plus tôt possible... Même si elle avait appris à ne pas dénigrer les clients en cette dure période de l’année, elle en avait plus qu’assez de les voir perpétuellement fourrés au bar.
Mais au moment même où ces pensées lui venaient à l’esprit, la porte de l’auberge s’ouvrit avec fracas. Le bruyant trio s’arrêta soudain de parler et tous les regards convergèrent vers le même endroit.
Un long silence glacé parcourut la pièce.
La haute silhouette d’un homme se profilait dans l’encadrement de l’entrée. Ses habits étaient sales et déchirés, et un capuchon cachait entièrement son visage. Le froid qui s’était soudain installé dans la salle ne disparut pas lorsque le mystérieux client s’assit à l’une des tables du fond. Des regards méfiants lui furent lancés, accompagnés de chuchotements…
Les étrangers étaient rares dans les environs. Cela était dû en partie à la proximité de la Forêt Noire qui abritait, d’après les dires, de nombreuses créatures auxquelles il ne valait mieux pas se frotter. Les routes, quant à elles, avaient depuis longtemps été délaissées par les marchands, à cause des bandits rôdant aux alentours. Le village de Shagat vivait de ses propres ressources, et les seuls produits de l’extérieur étaient acheminés sous bonne garde par des paysans du village.
L’aubergiste fit un signe de tête à sa nièce pour lui indiquer d’aller prendre la commande du nouveau venu. Ne pouvant réprimer un frisson, Vaelia acquiesça et se dirigea vers l’homme en noir. A mesure qu’elle approchait, il lui semblait distinguer un râle ténu, comme un malade respirant difficilement. Cet homme avait peut-être besoin de soins... mais la peur chassa vite cette pensée de l’esprit de la jeune fille.
« Vous désirez boire ou manger, monsieur ? » demanda-t-elle d’une voix légèrement vibrante. Dans la salle, les murmures s’étaient tus et Vaelia sentit peser sur elle les regards.
Après quelques secondes de silence, l’homme répondit d’une voix grave :
« Ce sera... une bouteille de rhum. Pour emporter dans ma chambre. » Il laissa passer un moment d’hésitation et reprit : « Il est bien possible de louer une chambre pour la nuit ? »
Devant le calme imposant de son interlocuteur, la jeune fille balbutia :
« Je... oui, bien sûr... Ce sera tout ? »
Il acquiesça lentement. Son visage toujours caché ne fit que renforcer le malaise de Vaelia.
Elle repartit vers le comptoir, songeuse. Pourquoi emporter la bouteille dans sa chambre plutôt que de la boire ici ? Puis, tournant la tête, elle vit les autres clients chuchoter à nouveau entre eux avec des airs de conspirateurs. Maintenant, elle comprenait. Il était impossible pour un étranger de se sentir à l’aise dans une atmosphère de suspicion comme celle-là.
Elle revint bientôt, une bouteille à la main, et la posa sur la table de l’inconnu qui la remercia d’un signe de tête. Malgré sa politesse, quelque chose la tracassait chez cet homme. Peut-être était-ce un brigand qui ne désirait pas être reconnu, et qui n’attendait que le moment propice pour les égorger dans leur sommeil et les déposséder de leurs biens... Par les temps qui couraient, il valait mieux se méfier de tout le monde.
« Ce sera trois marquins pour le rhum, et quatre pour la chambre » lâcha-t-elle timidement, redoutant une mauvaise réaction de la part du client. Mais il n’en fut rien. D’une main gantée, il tâtonna dans la poche de son long manteau et en sortit les pièces de monnaie, qu’il déposa sur la table.
Vaelia le remercia poliment et alla apporter l’argent à son oncle, qui à la vue des pièces d’or perdit quelque peu son air crispé. Mais ce ne fut que lorsque tout le monde eut quitté la salle que l’inconnu monta se coucher...
La nuit au-dehors était d’un noir d’encre. Un faible rayon de lune filtrait à travers les lourds nuages qui couvraient le ciel… Blottie au creux de son lit, Vaelia ne parvenait pas à trouver le sommeil. Le vent qui soufflait au-dehors semblait apporter avec lui les cris des bêtes sauvages de la forêt… La jeune fille ne cessait de fixer la fenêtre, s’attendant presque à y voir une quelconque créature y passer la tête. Les arbres se courbant sous les rafales de vent formaient des ombres inquiétantes sur le sol de la chambre…
« Il ne faut pas que je pense à ça » se dit-elle en fermant les yeux et en remontant la couverture sur sa tête. « Depuis le temps que je vis ici, il n’y a jamais eu aucun intrus qui est… »
Mais un bruit tonitruant la coupa net dans ses pensées. Le sol se mit à trembler, par violentes secousses, faisant glisser le lit, trembler les meubles, se renverser les vases et l’argenterie. La jeune fille tenta de se mettre debout, mais ne tarda pas à tomber à terre.
« Mais qu’est-ce qu’il se passe ?!! » cria-t-elle, paniquée. Il n’y avait jamais eu de tremblements de terre dans la région. Celui-ci semblait causé par
quelque chose. Vaelia se mit péniblement debout et, tout en s’accrochant au rebord de la fenêtre, regarda au travers de celle-ci.
Ce qu’elle vit l’horrifia. Le village… tout le village s’écroulait, maison après maison. Dehors, ce n’était plus qu’un chaos total, les murs se renversant sur des habitants affolés tentant de s’enfuir. Le vacarme était assourdissant. Il fallait qu’elle sorte de là à tout prix, si elle ne voulait pas finir écrasée par la charpente de l’auberge qu’elle voyait violemment trembler au-dessus de sa tête. Courant vers sa porte, quelle ne fut pas sa surprise quand celle-ci s’ouvrit brutalement devant elle, la renversant presque. Une grande silhouette se dressait devant la jeune fille, immobile, horriblement calme comparé au chaos ambiant. Elle reconnut avec un frisson le mystérieux client de tout à l’heure.
« L’escalier s’est effondré », dit-il d’une voix dont ne perçait aucune panique.
« Et… et mon oncle ? » balbutia Vaelia, tremblante.
L’homme secoua la tête. Il semblait être passé par la chambre du vieil homme avant d’arriver dans celle de la jeune fille. « Désolé. »
Une vague de froid monta en elle. « Non… non, ce n’est pas possible… »
« C’est ce qu’il risque de vous arriver si vous ne me suivez pas » trancha l’étranger fermement, s’approchant de la fenêtre et l’ouvrant. « Venez par ici.»
Elle obéit. « On va… sauter par là ? »
Il ne lui donna même pas le temps de crier. En un instant, il l’avait prise dans ses bras et avait sauté dans le vide. Ils retombèrent en douceur sur l’herbe cramoisie, échappant de justesse à l’effondrement du toit de l’auberge, qui s’écroula dans un fracas insoutenable à quelques mètres d’eux.
Il la déposa à terre et prit sa main dans la sienne.
« Je vous en prie, si vous tenez à votre vie, ne me quittez sous aucun prétexte. »
Elle était trop bouleversée pour réfléchir à quoique ce soit. Elle ne connaissait pas cet homme, et pourtant sa voix commençait à l’apaiser. Ce calme qui donnait l’impression que rien ne pouvait lui arriver… cette assurance dans sa posture, dans ses paroles… d’un signe de tête, elle acquiesça.
« Bien », fit-il simplement.
Il la mena dans la forêt, suivant des sentiers qu’elle-même ne connaissait pas. Les arbres autour d’eux étaient sombres et menaçants, certains même étaient affaissées, sûrement à cause du tremblement de terre dont les secousses devenaient de plus en plus violentes à mesure qu’ils avançaient. La jeune fille regarda les alentours d’un œil incertain.
« Nous allons dans la mauvaise direction, monsieur… on dirait que c’est de là que les tremblements viennent… »
Il ne s’arrêta pas. Elle eut même l’impression qu’il redoublait le pas.
« C’est justement pour cela que nous y allons », lâcha-t-il.
Vaelia écarquilla les yeux, choquée. Que voulait cet homme ? que se passait-il là-bas ? pourquoi ne pas fuir le danger, s’il l’avait sauvée ? mais elle n’eut pas le temps de lâcher sa main ou de faire demi-tour. Devant eux s’étalait maintenant un spectacle qu’elle n’aurait jamais cru réel…A travers les arbres se profilait à présent le cimetière du village, saccagé, tombes renversées… il s’agissait d’un cimetière bien plus ancien que le village lui-même, et qui avait abrité les dépouilles de bien des hommes et des femmes depuis des millénaires… et au milieu de celui-ci se tenait une foule. Des gens… affreusement maigres.
« Que… que leur est-il arrivé ? » balbutia la jeune fille, tétanisée.
L’inconnu ne répondit pas.
C’est à ce moment là qu’elle s’aperçut qu’ils n’étaient pas maigres, comme elle l’avait pensé tout d’abord. Ils n’avaient carrément plus aucune chair. Elle poussa un petit cri et se colla à son sauveur.
« Des morts ! » s’écria-t-elle. « Ce… ce sont des morts ! ils… ce sont eux qui ont fait ça au village, n’est-ce pas ? j’ai entendu parler d’eux… »
L’homme soupira. « Non, ce n’est pas eux. Quelque chose a mal tourné. »
Vaelia secoua la tête. Comment pouvait-il être sûr que ces monstres n’avaient pas provoqué cette catastrophe ? ils n’existaient que pour détruire… Alors que ses pensées bouillonnaient, elle remarqua quelque chose d’étrange dans le paysage qui s’étendait devant eux. Quelque chose qu’elle n’avait pas remarqué tellement c’était… énorme.
« Oui… » fit son protecteur. « C’est ça qui n’était pas prévu au programme. »
Une immense créature surplombait le cimetière, engouffrant dans son ombre la foule de morts tout entière. A chacun de ses pas, le sol tremblait comme jamais. Elle comprit d’où venait le tremblement de terre à présent… Les dents du monstre faisaient plusieurs mètres chacune, et ses griffes s’enfonçaient dans le sol comme dans du beurre. Il ébouriffa son pelage d’un gris de cendre et poussa un long hurlement qui força Vaelia à se couvrir les oreilles.
« Qu’est-ce que c’est que ça !!? » hurla-t-elle pour couvrir le bruit.
L’étranger attendit patiemment que la bête se calme, puis répondit : « Un démon Bashtrak. Il n’aurait pas dû se trouver là. Une seule de ces créatures pourrait réduire un royaume en cendres.»
Vaelia recula d’un pas. « Qu’allons-nous faire ? il faudrait une armée entière pour venir à bout de cette… chose ! »
Comme pour appuyer les paroles de la jeune fille, le Bashtrak se rua sur les morts qui se trouvaient là, renversant des piliers, écrasant des centaines de squelettes tentant de fuir, provoquant des secousses gigantesques. C’était comme une aveugle machine à tuer, mordant, écrasant, griffant toute chose mouvante à portée, saccageant les arbres comme les êtres fuyants de tous côtés. Ses hurlements étaient comme une ode à la destruction et à la sauvagerie.
L’étranger lâcha doucement la main de Vaelia, s’avançant vers le lieu du carnage. La jeune fille se sentit soudain très vulnérable, à mesure que la peur montait en elle.
« Où allez-vous ? » lança-t-elle, terrorisée.
L’inconnu sortit de son long manteau une canne, qu’il déplia. Une lame jaillit de l’extrémité, étincelant à la lumière de la lune.
Vaelia sursauta. « Une…lance ? vous n’allez quand même pas… »
« Vous avez une autre solution ? » répondit-il calmement.
Elle hocha la tête. « Mais vous allez mourir ! ce monstre vous tuera ! »
A ce moment là, l’inconnu eut un petit rire. Il tourna son visage vers elle, et elle put enfin le voir à la lueur de la lune. Ce qu’elle vit la paralysa.
« Ne vous inquiétez vraiment pas pour moi, mademoiselle. Le mal est déjà fait. »